Pourquoi y a-t-il autant de coachs? – Q/R n° 2

 

Pour notre Questions/Réponses n° 2, cette excellente question et tellement d’actualité… envoyée par un ami 🙂

En effet on voit fleurir chaque jour de nouveaux coachs, ainsi que de nouveaux thérapeutes, tout le monde veut exercer ce métier et tout le monde se lance, avec plus ou moins de spécialisations, de diplômes, etc… du plus général et classique au plus spécialisé et atypique.

Selon moi deux choses peuvent expliquer ce phénomène.

La première chose est que beaucoup de personnes pensent que c’est facile de devenir coach et d’en faire son métier.

En effet, d’une part, il n’y a pas d’obligation de diplôme pour le devenir et l’exercer. Et d’autre part, les personnes pensent que leur expérience de vie suffit comme formation et compétences. Du coup cela parait facile, surtout dans une période où le monde du travail est de plus en plus délirant, difficile et vide de sens, devenir coach permet de créer son métier et son emploi facilement et de mettre du sens dans son travail et dans sa vie.

Pour beaucoup d’autres métiers, il faudra faire des formations longues en termes de mois ou d’années et passer des diplômes, alors que là rapidement et facilement, c’est fait. Même si des formations et diplômes existent, beaucoup s’improvisent coach après d’autres études dans d’autres domaines ou après une carrière ou après certaines expériences de vie.

Un des écueils dans cette démarche et qui rejoint d’ailleurs la deuxième explication, est que les personnes ont tendance à confondre expériences et professions.

Prenons l’exemple d’un photographe, ce n’est pas parce que vous faites de bonnes photos que vous serez un bon photographe professionnel. Ce qui fera un bon photographe professionnel, c’est votre œil en toute circonstance, c’est vos propositions, c’est votre gestion des clients (même difficiles), c’est quelque chose en plus d’impalpable et d’inexplicable qui se dégage de vos photos qui va au-delà de bonnes photos.

Ainsi beaucoup de personnes se servent de leur expérience de vie, parfois d’un épisode douloureux de leur vie qu’elles ont traversé, pour devenir coach, parce qu’elles se sont aidées, elles pourront aider les autres. Dans l’absolu cela peut être vrai, mais cela ne suffit souvent pas. Une expérience vécue n’est pas toujours synonyme de professionnalisation. Et par ailleurs, on n’est pas obligé d’avoir vécu quelque chose pour pouvoir aider les personnes dans la même situation.

Même si il n’y a pas de diplômes officiels obligatoires de coachs, il y a des formations, des stages, et des supervisions qui permettent d’appuyer et de développer ses compétences, ainsi que de savoir se positionner envers les clients 🙂

Je prends l’exemple du métier de thérapeute car je le connais mieux.

Je suis psychologue, donc j’ai le diplôme d’Etat protégé de psychologue et obligatoire pour exercer. J’ai donc un bac + 5 (différents domaines de la psychologie), les stages obligatoires dans différents domaines que l’on choisit mais dont un d’une durée d’un an en hôpital psychiatrique obligatoire et j’ai fait un mémoire de recherche. Mon numéro d’enregistrement ADELI auprès de l’ARS (agence régionale de santé) garantit cela. J’ai aussi fait des stages et des formations en plus et un travail personnel sur moi. C’est tout cela, plus mon vécu, plus ce que je suis, plus mes expériences et ce que j’en ai fait qui font la psychologue et la thérapeute que je suis.

C’est aussi tout cela qui participe de mon sens clinique, de mes compétences, de ma capacité à me positionner par rapport aux clients de façon juste, de ma capacité à les aider de façon juste avec bienveillance sans côté dirigiste ou intrusif, etc… et qui participe du fait que je respecte le code de déontologie des psychologues et une éthique.

En tant que thérapeute, je pourrais exercer sans rien, comme les coachs. Sauf que c’est en partie toute ma formation de psychologue qui fait aussi la thérapeute que je suis.

Un métier n’est pas juste une expérience de vie mais une combinaison de facteurs multiples.

La deuxième chose ou explication se situe dans le besoin d’aider et la recherche d’aide facile.

Le besoin d’aider les autres est un besoin naturel chez l’être humain et encore plus quand il a une certaine expérience. Ainsi lorsqu’une personne fait l’expérience de quelque chose de difficile et s’en sort, ou qu’elle apprend quelque chose, ou qu’elle est douée pour quelque chose, elle veut le dire, le partager et l’apporter à tout le monde. C’est un sentiment naturel. La joie et le plaisir veulent se partager. Et quelqu’un qui a trouvé comment régler son problème ou se sortir de quelque chose de difficile veut le proposer à tout le monde comme une sorte de vérité ou de mode d’emploi. Idem pour les personnes qui veulent faire profiter à tous de telle ou telle aptitude.

Et en face on a des clients qui, dans un monde d’insécurité intérieure et de pertes de sens et de transmission, recherchent des coachs pour tout et une aide immédiate et rapide. Et même parfois le coach va remplacer le psy ou le thérapeute. Parce que dans l’imaginaire, dans l’idée qu’ils ont du psy, c’est trop compliqué d’en consulter un ou c’est pour les fous. Alors que le coach est plus concret et parait facile, même si cela a un côté illusoire. Au final aussi c’est une méconnaissance de ces métiers qui favorise aussi cette prolifération et ce choix.

Un coach c’est rassurant, concret et rapide. Donc dans un monde du rapide, et du facile, le coach apparait comme le sauveur ou parfois le parent aussi. Sauf que le coach est utile dans bien des cas mais ne remplace pas un thérapeute ou un psy, et les deux métiers peuvent être complémentaires. De même que le manque de formations de certains fait qu’au final c’est dommageable pour le client, même si il y a des exceptions.

La formation est loin d’être le seul facteur qui fait un bon coach ou un bon thérapeute, cependant beaucoup s’installent pour des raisons qui ne suffisent pas. Il y a autant de coachs parce que aider redonne du sens et de la valeur, et que notre monde génère des besoins faciles et rapides. Dans les deux cas c’est une forme de confusion entre le facile, le rapide, l’expérience, et le savoir, la construction et une position juste.

Bonus choisis ton coach ou ton thérapeute : ils ne sont pas tes parents, ni tes gourous, ni ta grand-mère, ton ami ou ton mentor, donc choisis en fonction de ce que tu ressens. Tu dois te sentir à l’aise avec eux, un psy ou un coach peut te bousculer pour te faire avancer mais cela doit être fait avec bienveillance et sans côté intrusif, dirigiste ou malsain. Donc écoute-toi et écoute tes impressions et tes sensations, et change si cela ne te convient pas. Ils sont des outils pour toi mais c’est toi qui construis ta vie, ils avancent avec toi mais ne sont pas toi. Aider n’est pas se substituer, ni contrôler, mais avancer ensemble 🙂

 

Eve ROSE, psychologue & thérapeute, consultations en ligne, Psy-mail.com

 

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